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vendredi 3 avril 2009

Plus on cherche, plus on trouve (en France aussi) (III)

La production scientifique d'un pays est donc avant tout fonction des moyens qu'il y investit, que ce soit en hommes (nombre de chercheurs) ou en dépenses globales.

Cela n'interdit pas le fait que certains pays soient plus efficaces que d'autres. Mais ce ne sont pas ceux que l'on croient.

On peut mesurer l'efficacité de la production scientifique d'un pays à travers deux indicateurs élémentaire de rendement : le nombre d'articles publiés par chercheur ; le nombre d'article publiés par dollar dépensé.
On constate tout d'abord, pour les deux indicateurs, que les pays les plus efficaces ne sont pas, dans l'ensemble, les plus grands. La production scientifique semble, en effet, régie par une logique très proche de celle que les économistes postulent pour la production économique en général : les rendements décroissants. Plus la quantité d'un facteur augmente, plus la production s'accroit, mais de moins en moins relativement à la quantité de facteur. Cette régularité apparaît très nettement pour le ratio article/dépense, moins nettement pour le ratio article/chercheur.

Cela signifie tout d'abord que les pays les plus efficaces ne sont pas les grands leaders mondiaux dans le monde de la science, ceux qui publient le plus, mais au contraire des pays plus petits, en particulier la Suisse et les Pays-Bas.

Cela signifie, d'autre part, que les États-Unis, géant de la science par ses volumes de production, n'est pas un pays exceptionnellement efficace, bien qu'il apparaisse comme un modèle absolu de productivité scientifique.

On constate enfin que la France est, pour nos deux indicateurs, plus efficace que les États-Unis. Plus précisément, la France est, en matière d'efficacité, à sa place : 5e pays pour la production globale d'articles scientifiques, après les E-U, le Japon, l'Allemagne et le Royaume-Uni, elle a une efficacité plus grande que 3 d'entre eux : les E-U, le Japon et l'Allemagne. Parmi les pays leader en matière de production scientifique, seul le Royaume-Uni fait mieux. De manière plus générale, la France a des rendements légèrement supérieurs à la moyenne de l'OCDE. L'image du chercheur français qui ne fait pas grand chose, face au chercheur américain hyper-productif est bien cela : une image, sans aucun rapport avec la réalité. Le chercheur français a une productivité individuelle moyenne logique au regard des régularités que nous avons fait apparaître. Elle est, en tout cas, supérieure à celle d'un chercheur américain.

Une seule exception véritable, mais de taille, apparaît en fait : le Royaume-Uni. Celui-ci a une productivité scientifique très largement au-dessus de celle des pays qui lui sont comparables. On peut y voir, comme Michel Grosseti, la conséquence du très grand nombre de revues dirigées par des britanniques, tout autant que le produit d'une organisation institutionnelle spécifique.
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mercredi 1 avril 2009

Plus on cherche, plus on trouve (en France aussi) (II)

Commençons par la première régularité, formulée dans notre note précédent : plus on cherche, plus on trouve. Cette régularité est extrêmement robuste.

Elle s'oppose à une vision naïve et de sens commun de la science, comme une activité solitaire, où quelques génies produiraient à eux seuls l'essentiel du savoir, à partir de rien, si ce n'est leur génie et un petit labo, perché en haut de leur université.

Rien n'est plus faux. Nous vivons à l'époque de la Big Science, où une expérience en physique des particules a un coût qui peut se chiffrer en millions d'euros et où elle résulte du concours de centaines de chercheurs, qui tous apparaitront comme auteurs dans la publication rendant compte des résultats. La science aujourd'hui coûte cher, parfois très cher dans certains domaines.

Les génies, par ailleurs, se font rares : les découvertes résultent aujourd'hui de la collaboration de nombreux chercheurs, mis en réseaux. Le génie isolé n'existe plus. A la vérité, il n'a jamais existé.

Par conséquent, plus une nation consacrera de moyens à sa recherche, plus elle produira de résultats scientifiques.

Tout d'abord, plus elle emploiera de chercheurs, plus elle publiera d'articles.
L'échelle doublement logarithmique exagère visuellement la régularité : celle-ci est néanmoins extraordinairement forte.

D'autre part, plus une nation dépensera pour sa recherche, plus elle publiera d'articles scientifiques.

Là encore, la régularité est extraordinairement forte. Le volume d'output est très directement lié au volume d'input : la science n'est décidément pas le lieu du génie isolé, ou de la singularité de certaines nations. C'est au contraire une activité à l'économie confondante de simplicité : plus on accroit les facteurs de production, plus on produit.

C'est le premier constat : il n'y a aucun miracle : pour accroitre son volume de production scientifique, il faut d'abord accroitre ses dépenses. Ne pas partir de là, c'est faire de la démagogie et de l'anti-intellectualisme.
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Plus on cherche, plus on trouve (en France aussi) (I)

Comme le rappelle Yves Gingras, les plus populaires des indicateurs de performances scientifiques n'ont aucune valeur scientifique, à commencer par le très populaire classement de Shangaï.

Il y a donc quelque chose de surréaliste à constater que le débat sur les réformes de l'enseignement supérieur s'est construit à partir d'un constat largement faussé par la "révélation" du classement de Shangaï, où les universités françaises ont une bien piètre position.

Ici, nous allons faire appel au plus simple des indicateurs de performances scientifiques, mais néanmoins rigoureux du point de vue des critères que rappelle Gingras : le rapport entre l'input que constitue les dépenses en R et D et l'output mesuré à travers la production d'articles scientifiques.

Tout d'abord, un rappel, qui s'impose tant cette évidence semble s'être perdue : la France est un des plus grands acteurs scientifiques du monde, qui occupe, comme le souligne Michel Grosseti, une place logique dans le concert des nations scientifiques, étant donné sa population et son niveau de développement. Cette place était la 5ème en 2003, mesuré à travers cet indicateur élémentaire d'output que constitue le nombre d'articles publiés.

Toutes les nations qui publient plus que la France sont également plus peuplées que la France, et ont un niveau de richesse par habitant supérieur (ou très légérement supérieur).

Cela fait, il faut dresser trois constats :

1. plus on cherche, plus on trouve.
2. dans l'ensemble, personne n'échappe à cette régularité, même si certain pays sont plus efficaces que d'autres.
3. Les Etats-Unis ne sont pas un pays efficace. Il n'y a pas d'exceptionalité en termes de productivité scientifique des Etats-Unis : ils sont un pays médiocre à cet égard. Leur domination sur le monde scientifique ne renvoit donc pas à leur productivité supérieure.
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