dimanche 22 mars 2009

Indéracinable croyance

Obama devait mettre un terme aux 8 années de pouvoir de Bush, fondées sur une série de croyances extravagantes, destructives et non questionnables à partir du monde réel.

C'est ce qu'il semble s'être engagé à faire en politique étrangère.

Mais c'est ce qu'il n'a certainement pas fait en matière de politique économique, où réside le cœur même du bloc idéologique aujourd'hui structurant aux États-Unis. Ce cœur est fondé sur une idée simple, à l'origine des politiques des 30 dernières années : le marché sait mieux, et peut mieux faire que l'État, dans n'importe quelle situation et pour n'importe quel domaine économique.

C'est ainsi que l'administration propose une usine à gaz, où tout semble être idéologique, pour sauver le système bancaire. L'histoire est simple : le système bancaire est à l'article de la mort, parce qu'il a parié sur la hausse du prix du marché immobilier. Le marché s'est effondré, et les banques se retrouvent avec tellement d'actifs qui ont perdu presque toute valeur qu'elles sont devenues insolvables.

Faisons en sorte que les actifs revalent quelque chose, et le problème cessera d'exister, semble croire naïvement l'administration Obama, qui ne peut accepter l'idée que les banques ont tout simplement fait preuve d'incompétence et que ce qu'elles ont acheté ne vaut rien. Que la chute des cours des CDO, MBS et autres RMBS, n'est pas que le produit d'un peu de panique, mais du simple fait que les emprunteurs ne peuvent et ne pourront pas rembourser leurs dettes.

Puisque le marché seul est compétent, il nous faut donc trouver un moyen pour que celui évalue à leur juste valeur ces milliards de CDO, MBS, RMBS, etc., continue à penser Obama.

Pour cela prêtons lui de l'argent, pour qu'il puisse les acheter, et relever ainsi les cours à leur juste valeur, que lui seul sait évaluer, comme il l'a si bien montré lors de la folie spéculative des années 2000.

Autrement dit, le gouvernement Obama s'apprête à se transformer en une banque d'investissement pour hedge funds : il va distribuer jusqu'à des centaines de milliards de dollars à des spéculateurs pour qu'ils achètent ces actifs -et ils ne les achèteront que parce qu'ils espèrent obtenir des plus values. Et s'ils n'obtiennent rien, rien ne les forcera à rembourser leur dette. L'engagement sur fond propre à l'opération, nécessaire pour limiter l'aléa moral, semble minimum : le levier d'endettement va retrouver ses niveaux d'avant la crise. Le risque est donc presque nul pour les spéculateurs, maximal pour les contribuables. Le contribuable américain risque donc de perdre des milliards supplémentaires, risque inexistant si l'option de la nationalisation avait été choisie. Mais le sauvetage du système bancaire aura ainsi lieu à travers un système de marché, même si ce marché a été construit entièrement artificiellement grâce à des prêts de milliards de dollars par l'État à des acteurs privés. Avec une efficacité qui risque de s'avérer douteuse.

Mais tel semble être le prix de la croyance.

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