vendredi 10 avril 2009

Mourir guéri

Il y a un peu plus d'un an, on pouvait lire dans le Monde un cri d'alarme :
Le déficit, sans précédent, du commerce extérieur de la France en 2007 est particulièrement préoccupant. Le solde négatif du commerce extérieur depuis quatre ans tire mécaniquement la croissance vers le bas. C'est dans les exportations que se trouve la principale source de cette croissance qui fait tant défaut à l'économie française. L'ampleur de ce déficit ne s'explique pas seulement par des difficultés d'ordre conjoncturel.
Cet article, et les innombrables autres de la même teneur, avait notamment suscité cet excellent billet chez Econoclaste.

Le Monde peut se rassurer : la France a enfin trouvé la voie qui la sortira d'une si fatale situation. Le déficit de la balance commerciale est, en effet, en brutale diminution.

Comme une bonne chose n'arrive jamais seule, les États-Unis nous ont précédé. Un miracle est sur le point d'y advenir : la suppression de leur déficit commercial, qui semblait être devenu une seconde nature.

Le secret de ces deux divines surprises ? La récession bien sûr. Rien de mieux qu'une bonne petite récession, et plus encore une grande, pour guérir un pays de son incapacité à générer des excédents commerciaux.

Le mécanisme ? Il est fort simple : il suffit d'avoir une récession plus forte chez soi que dans le reste du monde. Ainsi notre demande intérieure diminue plus fortement que la demande intérieure des autres pays du monde. Par suite, les importations, qui sont une composante de la demande des agents résidents en France, diminue plus fortement que les exportations, qui sont le résultat de la demande intérieure des autres pays du monde. En image, cela donne ça :

Les exportations diminuent : les autres pays du monde qui sont nos clients sont également touchés par la récession. Mais on voit aussi que les importations diminuent plus encore : très probablement parce que notre activité économique ralentit encore plus vite qu'ailleurs. Or, la balance commerciale n'est rien d'autre que la différence entre les exportations et les importations.

Ainsi, nous allons mourir guéris de cette maladie qui semblait incurable : le déficit commercial.

Soyons optimiste, toutefois. Peut-être allons-nous apprendre un peu d'économie, au-delà du mercantilisme de café du comptoir qui tient lieu d'analyse économique en France : un déficit commercial ne signifie a priori rien sur la santé d'une économie. Une économie peut ainsi être en pleine croissance, et avoir un déficit commercial : par exemple si elle croit plus vite que les autres pays du monde, et donc que ses importations augmentent plus vite que ses exportations, dépendantes de la croissance plus faible de ses partenaires. Et, au contraire, une économie peut être dans une des plus graves récessions de son histoire et résorber son déficit, voire même avoir un excédent, précisément parce qu'elle est en récession.

Par conséquent, sans plus ample examen, un excédent commercial ne dit rien, strictement rien, sur l'état d'une économie -y compris sur sa "compétitivité".

3 commentaires:

  1. "qui sont le résultats de la demande intérieures " : résultat intérieure

    "une des plus graves récession" : récessions

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  2. Mnémotechnique : Mourir ne prend qu'un 'R' car on ne meurt qu'une fois (enfin, jusqu'à preuve du contraire). :o)

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  3. Merci bien pour cette énorme faute. "On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps", dit en effet le poète...

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